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UN ENTRETIEN AVEC JÉRÔME BAUDOUIN

1 octobre 2026

« Il faut parler du plaisir du vin »

Le vin, c’est sa vie. Rédacteur en chef de La Revue du vin de France (La RVF) depuis 2020, Jérôme Baudouin collaborait à ce titre prestigieux depuis 1997. Auparavant, il a sillonné le monde pour son travail de journaliste spécialisé dans le viti-vini, tout en préparant une thèse sur le produit aimé. Au sein de La RVF, qui appartient au groupe de presse familial Marie Claire, Jérôme Baudouin mène de multiples activités assurant le développement permanent de son magazine, via le vin.

Il a accordé un entretien exclusif à WI&NE.

Quel regard portez-vous en cette fin septembre sur la vendange 2026, en bordeaux bien sûr, mais également en France ?

C’est un très beau millésime en bordeaux. Digne de 2022. Mais il est très hétérogène. Suivant la quantité de pluie ou son absence, il y a des différences considérables de volume, de maturité, d’un secteur à l’autre, à quelques kilomètres de distance. C’est vrai autant rive droite que rive gauche. Il existe une grande disparité.

Même chose en France, où les contrastes sont forts d’une appellation à l’autre et pour une raison identique, pluviométrie ou non. En champagne, par exemple, certaines récoltes ne vont pas permettre de produire du pétillant. C’est du vin blanc qui sortira des chais. Il ne faut jamais oublier ce que la profession sait : l’eau fait le vin.

Pourquoi selon vous, Jérôme Baudouin, la filière bordelaise est-elle dans la situation actuelle et qui dure… ?

La situation est dramatique et je vois peu de lumière à l’horizon. C’est en quelque sorte les dix plaies d’Égypte. Parmi elles il y a, on le sait, la baisse de la consommation. Environ 2 à 3 % par an pendant des années, et cela a été peu pris en compte pour enrayer le phénomène.

Ensuite, on observe une versatilité de la consommation. Peu à peu, blanc et rosé gagnent au détriment du rouge. Or auparavant, le bordeaux rouge pesait 80 %. Bordeaux rouge a vu ses ventes descendre de 20 % en quelques années. En même temps, les jeunes consommateurs se détournaient des vins de garde, ce que l’on appelait le « vin vieux », pour un vin plus jeune, plus frais, bien différent du « vin de papa ». Bordeaux n’y était pas préparé et a mis du temps à réagir.

Quelles pistes faudrait-il prendre pour inverser les courbes ?

L’arrachage de vignes était indispensable. Il va rééquilibrer l’offre. À partir de 1980, on a planté en pensant uniquement à augmenter les volumes, sans se soucier de la valeur. En 2005, on était à plus de 120 000 hectares de vignes plantés. Nous en sommes, après les différentes séquences d’arrachage, à environ 83 000 hectares. La projection est à 75 000 dans les mois qui viennent. Cela représente près de 40 % de surfaces de vignes supprimées. Cela correspond mieux au marché actuel.

Les prix en bordeaux ne sont-ils pas un frein réel ?

C’est un faux problème. La gamme se situe dans une fourchette large qui peut se comparer aux productions d’autres appellations nationales comme la Bourgogne et aussi des vins étrangers. Et si l’on parle des grands vins français et étrangers, Bordeaux n’est pas cher et se situe bien.

Il faut avoir bien en tête que Bordeaux est tête de gondole en matière de vin. Si Bordeaux produit une année un grand millésime, il devient alors référence partout et tout le monde pense que son millésime est grand car Bordeaux est exceptionnel cette année-là. Le premier impact sur les marchés, c’est toujours Bordeaux.

Mais de la même façon, lorsqu’il s’agit de taper sur le vin, on tape d’abord sur le bordeaux. Exemple, le « bordeaux basching » que la filière traîne toujours.

La communication est-elle bien adaptée aujourd’hui ?

Du travail a été fait. Mais dans les messages, il faut vraiment parler de vin plaisir, de joie, de convivialité, mais aussi de simplicité, d’accessibilité. À mon sens, c’est dans cette direction qu’il faut aller. À l’étranger, on l’a bien compris.

En 2026, les foires aux vins sont-elles toujours un levier important, elles qui existent depuis 1973 ?

Leur âge d’or est sans doute un peu passé. Mais elles restent une grande force pour le marché. Rien que dans la grande distribution, la foire aux vins représente 500 millions de chiffre d’affaires. Pour Leclerc seul, c’est autour de 100 millions. Dans ces foires, le bordeaux pesait 50 % il y a moins de vingt ans. Aujourd’hui, 20 %. Cela fait partie de la reconquête que les acteurs du vin doivent mener.

Interview : Alain Ribet Bon à savoir. Jérôme Baudouin est l’auteur d’un livre de référence, Le Vin et la Vie. Éditeur Le Cherche Midi. 21,50 € (voir sur la FNAC https://www.fnac.com/a21712061/Jerome-Baudouin-Le-Vin-et-la-Vie)

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